(FR) Las Vegas – Des prières et plus encore

Mon optimisme m’a désertée. La négativité m’a gagnée. Un cynisme s’est glissé dans mes veines pour y circuler toute la journée. Je suis fâchée. Je serai de retour demain, peut-être. J’ai appris que les condamnés se résignent et acceptent leur destinée et que les autres, les résignés, les outragés, trouvent toujours un soupçon d’espoir dans leur rage pour continuer de croire en leur futur. Et que c’est ceux-là qui se fâchent. Et qui se battent.

J’avais les yeux à demi-ouverts ce matin quand j’ai cherché d’une main tremblante mon téléphone pour rejoindre mon équipe à Las Vegas, le coeur tombé dans les chevilles, la tête dans un épais brouillard.

« Tout le monde va bien ? »

Cette question-là, je l’ai envoyée par message texte à Barcelone le mois dernier, et à Londres en juin, et à Paris le 13 novembre 2015. Cette question-là je l’ai envoyé en sachant qu’elle confirmait que dans notre réalité, dans la vraie vie d’aujourd’hui, partout où nos pieds se posent existe la possibilité que notre poitrine se transforme en cible entre deux chansons, entre deux rires, entre deux baisers.

J’ai regardé le plafond longtemps ce matin, assez longtemps pour repousser un rendez-vous, mais pas assez longtemps pour réussir à contenir mes larmes une fois derrière mon volant. Quand ces tueries tenaient encore de l’anormalité, de l’événement isolé dont on parlerait longtemps, je me faisais un devoir de répandre un peu de lumière sur mon passage après la réception des nouvelles. De sourire plus grand. De dire bonjour à tout le monde. De montrer que le beau, il est partout, mais pas le laid.

Ça, c’était avant aujourd’hui, avant notre ère où ces actes inhumains gagnent en normalité. Aujourd’hui, il est trop tard pour dire qu’on est chanceux que ça se passe si loin, que c’est terrible ce qui se passe ailleurs, ou pire encore – qu’on ne peut rien faire.

À tous les « comment ça va ? » enthousiastes demandés par des amis ou des inconnus à la boutique, au téléphone, au café ou à la pharmacie aujourd’hui, j’ai répondu « Pas très bien… J’ai le coeur lourd pour notre monde. » Parce qu’il est aussi trop tard pour faire comme si ça ne nous concernait pas. Et t’sais, quand quelqu’un te dit que ça va pas, ce serait bien bête de ne pas enchaîner avec une autre question pour démontrer un peu de compassion. Et c’est comme ça que les conversations s’ouvrent, que les échanges se font, que l’ignorance se tasse, que la vérité se tire une chaise.

« Tu penses que c’est quoi toi, la solution pour le guérir, notre monde? »

Il est trop tard pour les « je ne sais pas », aussi. Il faut tenter quelque chose.

Le durcissement des lois sur les armes à feu.

La déstigmatisation de la santé mentale.

L’accès à l’assurance-maladie pour tous.

Googler des phrases comme « How to change policies in the United States » et « How to vote for gun control », comme un cri de désespoir. Lire un peu, appeler ses amis Américains, leur dire qu’on les aime d’abord, les encourager à appeler leurs représentants ensuite.

En baignant dans mes pensées plus sombres qu’hier, les yeux rivés sur mon fil Instagram où défilait des #prayforvegas comme des mots magiques allégeant la conscience, y’a un flot de souvenirs qui a voyagé jusqu’à la mienne pour me rappeler de ne jamais sous-estimer le pouvoir de la spiritualité quand le monde devient cruel. Je me suis vue assise par terre, en cercle avec d’autres femmes, à pleurer leurs peines et les miennes. Je me suis rappelée des mots partagés par ceux qui me lisent, des mots-rappels que d’avoir une voix et une plateforme, c’est déjà beaucoup. Je me suis rappelée de la gratitude immense qui m’emplit le corps quand on prend le temps de me tenir la main et de jeter de la lumière sur mes maux de l’âme. Parmi les actions à poser, il y a travailler fort pour faire changer les lois, mais il y a celle de collectivement tenir l’espace pour chacun d’entre nous aussi.

En offrant à tous ceux qui nous entourent un espace sécuritaire dans lequel leurs émotions peuvent se déverser et se libérer, en honorant la vulnérabilité humaine, on détient le pouvoir de transformer ce qui aurait peut-être été un jour une émotion ou une pensée-gâchette pour commettre l’irréparable, l’atroce, l’impossible. La guérison émotionnelle et spirituelle et l’élévation de notre conscience sociale sur le mal qui habite nos êtres sont des actions possibles, accessibles, qui demandent peu, mais qui pourtant pourraient changer notre monde.

À toutes les âmes sensibles, intuitives, guérisseuses – on a besoin de vous, vous faites partie de ce changement vers un monde moins malade.

À tous les combattants, les enflammés, les proactifs – on a besoin de vous aussi, vous êtes les acteurs qui permettront à ces histoires d’horreur d’un jour ne tenir que de la fiction.

 

Marie-Philippe

 


Marie-Philippe Jean

Heather Creator + Wolf Mother + Love Warrior

Marie-Philippe is a creator and a community leader who loves and feels as deep as the sea. In tune with nature and the energies surrounding her, she is in on-going studies to develop her intuitive gifts and bring guidance to teenagers and women as they are going through their self-love and self-healing journeys. Writing, movement and video production are her designated ways to communicate with the world and her work is fueled by her ever-going passion for the human experience. https://www.instagram.com/mariephilippejean/ /// Marie-Philippe est une créatrice de contenus et de communautés qui aime et ressent aussi profondément que l’océan. Fortement influencée et inspirée par les éléments et les énergies qui l’entourent, elle étudie ses habiletés psychiques et intuitives pour guider les femmes et les adolescentes à travers leurs explorations vers la meilleure version d’elles-mêmes. C’est via l’écriture, le mouvement et la vidéo qu’elle s’exprime et son travail est ancré dans sa passion et sa curiosité pour l’expérience humaine. https://www.instagram.com/mariephilippejean/


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